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« Qu’est-ce qui se cache derrière le masque de Zorro ? » interrogeait un feuilleton télévisé des années 1960. Réponse : « Zorro lui-même. »
Cette même question peut être posée aux antisémites dissimulés derrière une pancarte. Le « Qui ? » devenu viral est une forme nouvelle de duplicité. Il ne s’agit plus de faire correspondre un mot à une chose, mais de lancer un signe de ralliement. Il y eut le Heil Hitler, résumé par un 88 d’apparence innocente, il y a désormais « Qui ». Ce pourrait être n’importe quoi d’autre. L’essentiel sera que le mot et la chose correspondent le moins possible. Non par jeu d’esprit mais pour jeter un épais nuage de fumée sur une idéologie.

Les ruses du langage sont celles aussi de la raison. Pour se soustraire à la loi, les antisémites d’aujourd’hui pratiquent la même hypocrisie que les nazis d’hier, lesquels usaient de périphrases pour dissimuler leurs crimes, par exemple « traitements spéciaux », pour gazage, « réinstallation », pour déportation avec exécution ou encore « actions spéciales » pour rafles et mises à mort. Cette pratique est celle des gangsters aguerris. Il suffit de regarder un film policier de Scorcèse pour y retrouver tous les ingrédients de la félonie, le mensonge, la fourberie, la mystification et la duplicité. Contrairement aux énergies fossiles nous renouvelables, ces carburants du complotisme constituent des ressources inépuisables.

Tout être humain qui rejette les autres, quelles que soient ses raisons, retranche une part d’humanité en lui. Il s’éloigne de « la tâche ultime de notre existence » qui, selon Alexandre de Humboldt, le fondateur de l’université de Berlin, est « d’accorder la plus grande place au concept d’humanité dans notre propre personne. » Il s’agit d’un crime contre soi-même. Aussi, se comparer à des déportés quand on pratique la déportation des mots est sans doute une technique d’autoamnistie.

Il faut craindre que tous les « Qui » compatibles restent fort éloignés de saisir cette logique. Aveugles à leur propre cécité, ils s’obstinent à haïr, à exclure, à condamner. La pauvreté de leur analyse s’appuie sur une rationalité illusoire où dominent la manigance, la manipulation, la combine, la manœuvre et tout ce qui peut nourrir le ressentiment. Cela ne facilite pas la tâche de ceux qui combattent une telle engeance. La lutte consiste, plus encore aujourd’hui que jadis, à démasquer systématiquement les mots falsifiés. A conserver aussi une hauteur universaliste contre tous les « Qui ».