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Moïse et l’humanisme

La Bible hébraïque a-t-elle réellement inventé le monothéisme ? Si oui, elle l’a fait à travers un dieu indicible. Quand Moïse s’interroge sur son nom, le texte fournit une réponse énigmatique : « Je serai ». Que signifie le silence étourdissant de cette absence d’identité ?

Se peut-il que la question du divin n’ait pas constitué l’essentiel du message biblique et que Moïse soit d’abord le fondateur d’une éthique libératrice, l’humanisme ? Telle est la question centrale de cet essai.

 

A la radio

Café des Psaumes, Antoine Spire – 25 septembre 2021 – Radio J

https://www.radioj.fr/podcast/livres-au-cafe-des-psaumes-32/

 

Du côté de chez Swarcz – 31 octobre 2021 – Radio Shalom

https://radioshalom.fr/podcasts/du-cote-de-chez-szwarc-150/du-cote-de-chez-szwarc-avec-francois-rachline-942

 

 

Critiques

«Une lecture singulière de la Torah.
La thèse ne peut manquer […] de soulever de vives discussions – et c’est pourquoi elle est à connaître.»Roger-Pol Droit – Le Monde – 03 septembre 2021
«Un essai bref de François Rachline, passionnant et accessible qui renouvelle en profondeur l’interprétation du message de Moïse.»Newsletter de la Licra – Licra – 03 septembre 2021
«La Bible ne serait pas seulement à l’origine du monothéisme. On trouve en elle la racine de l’humanisme, voire même d’un humanisme athée. Telle est l’affirmation que risque dans un petit livre intitulé Moïse et l’humaniste, l’essayiste François Rachline. « Si le judaïsme s’appuie sur le texte biblique, ce dernier n’ouvre pas obligatoirement sur cette religion » (p. 44) Esprit curieux et érudit, parfois provocateur mais toujours inspirant, François. Rachline vient bousculer l’image que l’on se fait habituellement du judaïsme et la soumettre à une interrogation renouvelée. Au centre, la proposition d’une interprétation du verset 14, chapitre 3 d’Exode dans laquelle l’Eternel se révèle à Moïse et lui enjoint de le présenter aux enfants d’Israël sous cette formule « Je serai ce que je serai ». Si la tradition a vu là l’établissement des fondements de la croyance en un Dieu unique et de la foi monothéiste, une autre interprétation serait possible qui explore les potentialités de la langue hébraïque mais également des versions philosophiques de cette présence-absence du divin que recèle la forme grammaticale employée. François. Rachline n’enfourche pas pour autant les directions ouvertes par la réflexion philosophique ou mystique sur la qualité d’une présence divine et sa relation d’intériorité/extériorité au monde déployée depuis les néo-platoniciens jusqu’à Heidegger. Désireux de rester au plus près du texte hébreu mais aussi de l’esprit du judaïsme, il y trouve l’incarnation d’une Idée, révolutionnaire en son temps mais également s’agissant de l’avenir de l’humanité, celle d’un humanisme, d’une confiance placée dans l’être humain indépendamment de toute expression religieuse.
Car dans « je serai » en hébreu le « je » n’est pas prononcé. Cette idée pouvait au choix à l’époque où la formule fut prononcée déboucher dans l’esprit des auditeurs sur l’idée que ce Dieu étrange irreprésenté finirait, lui aussi par se manifester. Une autre interprétation était cependant possible : cette indécision renvoyée au devenir de l’individu, l’injonction qui lui était faite de s’arracher à son être pour devenir lui-même. Telle est du moins la lecture qu’il nous en propose aujourd’hui, peu importe que le message n’ait pu être reçu à l’époque, même si l’expression de cette volonté se trouve en filigrane de l’épopée mosaïque et de l’édiction d’une nouvelle éthique. A une époque comme la nôtre où la politique des identités gagne les sphères du savoir et de l’université après avoir diffusé dans le discours public, on sent ce qu’une telle expression a de toujours potentiellement révolutionnaire.
Le propos de l’auteur prend soin de ne jamais se refermer. Il nous laisse libres de nos choix. Jamais en effet François. Rachline ne gomme l’ambivalence dont l’interprétation du texte biblique serait porteuse, ce qu’il désigne comme une « gémellité » libre à chacun d’entre nous de faire notre choix dans l’écho de celle-ci. Choisissons-nous d’y voir la révélation divine ? C’est alors le judaïsme sous sa forme religieuse et rituelle qui comblera notre attente. Y entendons-nous les échos d’une promesse faite à l’homme par un esprit qui aurait compris que celle-ci devait embrasser des formes acceptables pour l’époque ? remettant ses pas dans un type d’exégèse déjà présente chez Maïmonide ou plus près de nous chez Georges Hansel lorsque celui-ci évoque une « pédagogie du quotidien », lorsque des Idées, trop puissantes pour l’époque qui les voit naître, doivent embrasser des formes leur permettant de s’acculturer progressivement aux sociétés de leur époque, c’est la voie que nous offre de suivre François. Rachline.
»Perrine Simon Nahum – L'Arche – 03 novembre 2021